21.03.2009

La numérisation des orgues français tourne au piratage

medium_pirates2.jpg Un encadrement juridique de la numérisation des orgues français s'impose d'urgence !

J'apprends coup sur coup que Zurek (Sonus Paradisi) doit refaire St Maximin, qu'il annonce la numérisation du Cavaillé Coll de St Etienne de Caen et qu'il à posé une demande pour le Dom Bédos de Ste Croix de Bordeaux tandis qu'une autre demande (sans but lucratif) a été posée concurrement pour le même instrument.

De son côté Maier est parvenu à s'approprier 2 Silbermann alsaciens en plus du Roquemaure et de St Sauveur d'Aix et ce dans des conditions encore plus douteuses puisqu'à Roquemaure le facteur n'a été informé qu'un an après les faits...

A St Maximin, Zurek a distribué environ 2000 €uros pour que les portes s'ouvrent, soit 1000 €uros à l'association locale, 450 Euros aux oeuvres sociales de la Mairie, et 450 €uros au Curé. On ne peut pas lui reprocher ce fair play mais le don à la paroisse pose problème car les curés affectataires ne sont pas propriétaires des orgues. Cependant j'apprends que le curé en question serait polonais, ce qui me dispose à l'indulgence car on n'a pas du l'informer des subtilités de notre (fausse) séparation de l'Eglise et de l'Etat... Cela passera pour une fois mais en revanche que nos ressortissants prennent garde...

Soit dit en passant ma propre paroisse dépend aussi d'un prêtre polonais (fort sympathique au demeurant) qui a sous ses ordres un curé africain et ce dernier a pour lui un certain sens des réalités sdont on reparlera. C'est donc l'occasion de poser la question de savoir ce que deviendrait cette pauvre église de France sans le secours du « tiers monde » européen et de son homologue équatorial... Vaste problème qui m'incitent à glisser dans cette tirade quelques notes humoristiques.

A propos de la loi de 1905

Il faut rappeler que l'Eglise de France est bien dans la situation d'une « femme entretenue », ce sont tous les citoyens qui financent les locaux que les ecclésiasitiques occupent gratuitement et le mobilier que contiennent les églises est la propriété de chaque citoyen.

Il ne saurait donc être question que certains curés faussent le jeu. Je ne veux en aucun les mettre tous dans le même sac mais il faut tout de même rappeler que certains de ces Messieurs ont vendu des orgues anciennes qui ne leur appartenaient pas quand ils ne les ont pas mis à la poubelle!

Je veux pas m'étendre sur le cas de ceux renflouent leurs finances et pallient à la faillite du denier du culte en louant les églises pour des concerts et des festivals à prix d'or comme s'il s'agissait de vulgaires salles de spectacles. Bien entendu les concerts d'orgues, parce qu'ils attirent plus de monde que les offices, ne sont pas aidés. Bien au contraire... 

Non seulement c'est la croix et la bannière quand il s'agit d'organiser un concert mais en outre on a tendance à profiter d'un changement de curé pour tout simplement se débarrasser des organistes de sorte que beaucoup d'instruments demeurent muets.

J'ai sous le coude une étude concernant le sort des organistes en milieu catholique. J'évoquerai différents types d'abus et de dérives qui tendent à rendre le ministère d'organiste non pas seulement ingrat mais quasiment impossible et ils ont tous la même cause à savoir un mélange de mauvaise foi et de tromperie qui s'enracine chez certains hiérarques dans la conviction que le dogme de Vatican I leur garantirait l'infaillibilité. Ainsi quand certaines visées par trop idéalistes deviennent franchement utopiques, elles font perdre le bon sens le plus élémentaire et cela donne au final le genre de « cagade » que vient de proférer un Benoit XVI avec son fameux exploit au sujet du préservatif comme facteur d'aggravation du Sida en Afrique!

Mais que l'on se rassure, je ne veux pas la mort de l'Eglise catholique car il se trouve que je suis « naturalisé tibétain » depuis déjà d'assez nombreuses années et je ne dépends donc pas de la juridiction de notre Sainte Mère l'Eglise. Et comme le service après vente de MM. les Lamas n'est plus ce qu'il était, il se pourrait bien qu'un jour ou l'autre je demande à être reçu dans quelque confrérie turque...

Trop c'est trop !

Si j'aborde les problèmes évoqués avec un certain détachement qui s'apprente au point de vue de Sirius, il n'empêche qu'en tant que citoyen français je demeure très attaché à une certaine rigueur quant à la gestion des biens publics.

Et je le dis tout net, si je n'obtiens pas rapidement que la numérisation des orgues soit « moralisée » c'est à dire solidement « encadrée » par des conditions précises, il faudra s'attendre à des clameurs. Je veux dire que les politiques qui ne veilleraient pas au grain et livreraient sans discernement nos orgues historiques à un pillage purement mercantile encoureront le risque de se faire malmener par mes soins sur Internet! Et je dispose pour cela d'une arme assez dissuasive sous la forme d'une ironie assez mordante en guise de prélude à des actions

Démarches en cours 

Constatant que les choses ont tendance à se précipiter et qu'on s'achemine vers un pillage systématique des ressources organistiques entretenues à grands frais sur les deniers publics au seul bénéfice d'intérêt privés, j'ai appelé Loïc Métrope qui oeuvre à la tête de la Commission des Orgues Historiques du Ministère de la Culture. Nous avons eu une assez longue conversation quand aux moyens d'endiguer le phénomène en l'encadrant, si possible au plus haut niveau.

Il m'a été proposé d'entrer en contact avec Thierry SEMENOUX, Technicien-Conseil agréé auprès de la Direction de l'Architecture et du Patrimoine pour les Orgues protégées au titre des Monuments Historiques et Expert-organier auprès de la Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles. Ministère de la Culture et de la Communication.

Il se trouve qu'il a sous sa juridiction les orgues de 5 régions et en particulier les orgues de la Ville de Bordeaux dont le Dom Bedos.

Je viens donc de le contacter en lui faisant un assez long rapport par email et nous avons eu une assez longue conversation téléphonique. Nous sommes tombés d'accord sur la nécessité d'empêcher un pillage purement mercantile. Je vais lui fournir un certain nombre d'arguments juridiques et une concertation aura lieu avec ses collègues techniciens conseil quant à la stratégie qui s'impose. 

Les conditions préconisées

Considérant qu'il est malaisé d'exercer un contrôle comptable sur les bénéfices d'entreprises étrangères, il me semble suffisant d'imposer les conditions suivantes :

  1. Obligation de commercialiser une banque au format MyOrgan

  2. Plafonnement du prix des banques dans chaque format en fonction du nombre de registres

  3. Interdiction absolue du cryptage

  4. Contrôle du produit final et notamment des extensions avant commercialisation

  5. Imposition éventuelle d'une direction artistique par les techniciens conseils

  6. Obligation de dépôt légal national et à la bibliothèque locale etc...

Intervenants à but non lucratif

Le Dom Bédos a fait l'objet de deux demandes, l'une est commerciale et l'autre providendrait d'une association à but non lucratif. Réserver les autorisations de numériser aux seuls intervenants à but non lucratif, n'est point, de mon point de vue la solution. Rien ne nous garanti qu'en l'absence de gains, ces intervenants puissent s'équiper correctement pour rendre un travail de qualité. Il faut donc être réaliste et ne pas refuser à priori le concours de sociétés à caractère plus ou moins commercial.

Mes préférences

Je ne vous cacherai point que mes préférences vont au candidat Zurek. Il a refusé jusqu'à présent de céder aux pressions de Martin Dyde visant à priver MyOrgan de nouvelles banques et je pense qu'on peut trouver avec lui un modus vivendi.

En revanche, je considère le Professeur Maier et son industrie à base de cryptage comme étant franchement INDESIRABLE au sein de l'hexagone et je lui ferai une guerre sans merci, à moins qu'il ne renonce à certaines prétentions.

Soit dit en passant j'apprends que M. Zurek, s'inquiète de mon entrée en scène. Il ne sait pas encore qui fait quoi et il craint que celui dont on lui a parlé ne soit un agent de l'arrogant professeur qui lui a fait des crasses en Allemagne. Qu'il se rassure j'ai dans mes archives 4000 adresses emails d'organistes et d'association francophones et je vais m'occuper sérieusement de matribule de l'ambitieux...

Pour ce qui concerne les décisions finales, il ne m'appartient pas de me substituer aux Techniciens conseils mais je dispose tout de même d'une certaine autorité en tant qu'auteur d'un ouvrage de référence que les facteurs d'orgues connaissent bien et à ce titre je crois pouvoir inspirer un certain nombre de décisions salutaires.

Accords sur les principes

Il y a accord complet sur le plan des principes entre Thierry Semenoux et votre serviteur. Je n'ai aucun doute sur le fait que tous les autres techniciens conseils se rangeront à nos avis et que la mise au point d'une « charte » ne constitue pas un problème.

Ce qui sera plus délicat ce sera convaincre certains responsables politiques de la mettre en oeuvre. Mais Dieu merci, on peut encore compter sur la rigueur et le souci de cohérence de certains fonctionnaires des administrations municipales qui perpétuent un sens inné du « bien public » selon une certaine tradition bonapartiste qui fait, par exemple, que les tribunaux administratifs manifestent encore une indépendance exemplaire à l'égard de ce « n'importe quoi » qui a tendance à se généraliser ici et là.

J'ai discuté avec M. Semenoux d'autres problèmes et notamment de la nécessité de distinguer la fonction du titulaire d'une autre fonction, celle de Conservateur local des orgues appartenant à une collectivité publique. Il y aura là aussi un combat à mener et celui-ci sera évoqué dans l'étude dont j'ai parlé plus haut.

Réactions 

Bien sûr la personne qui m'a informé de ce qui se trame au sujet du Dom Bedos (elle fait partie du forum privé que j'anime) regrette de m'en avoir parlé. Elle est d'accord sur le fond de mes analyses mais elle craint pour la forme. Elle aurait voulu que je lui laisse le temps de convaincre l'organiste en titre de consentir à une numérisation, comme si le titulaire avait quelque chose à dire ! Mon informateur est une personne par trop optimiste qui pense que les choses devraient se régler en petit comité par la diplomatie. Outre que toute diplomatie ne se conçoit pas sans de sérieux moyens de dissuasion, c'est dans bien des cas le manque de transparence qui a causé la plupart des difficultés que l'on rencontre.

L'avis des titulaires

Mettons bien les choses au point et ceci est une précision d'ordre général qui ne vise personne en particulier, à savoir qu'il est nécessaire de rappeler que les titulaires ne sont que les employés de MM. les Curés. Ils ne disposent d'aucune prérogative particulière et ne sont certes pas plus que les affectataires, les propriétaires des instruments.

Dans la mesure où ils bénéficient d'un privilège, celui d'un accès libre à un « objet de luxe » ils ne sont point naturellement disposés à le partager sous une forme ou une autre. Ils peuvent émettre un avis comme n'importe quel citoyen mais ne sont pas à priori parfaitement qualifiés pour s'exprimer avec objectivité. En effet, l'immense majorité des organistes sont encore hostiles à tout ce qui est virtuel et cela pour de mauvaises raisons, et non sans hypocrisie car beaucoup d'entr'eux ont à la maison un « numérium »...

J'ajouterai un détail qui va sans doute faire bondir quelques collègues mais il le faut: MM. Les titulaires ont, à de rares exceptions près ont tous le cul entre deux chaises étant salariés des curés, et si par dessus le marché des question de foi s'en mêlent, des considérations que je qualifierai de « sentimentales » pour n'avoir pas à entrer dans le détail, ont toutes les chances d'incapaciter leur jugement.

Je précise que la fameuse « charte des organistes » fera l'objet d'un procès en régle...

En attendant, quitte à me faire de nouveaux ennemis, je dois rappeler qu'en droit pur, l'avis des titulaires est indifférent. Les organistes au service du culte n'ont pas à être reconnus par les collectivités locales propriétaires. Il faut qu'ils sachent tout cela que cela leur plaise ou non !

Enfin, l'hostilité de la plupart des organistes à tout ce qui est virtuel, quoique purement « instinctive », est dans l'immédiat un facteur positif. Cette opposition à l'avantage de constituer un facteur de résistance provisoirement utile.

Il faut au contraire se méfier des organistes qui d'accord avec leur curés vont être tentés de se rendre complice, dans le dos du propriétaire légal, d'une braderie des autorisations en échange de petits cadeaux en argent ou en nature... Ceux là n'ont qu'à bien se tenir car je les aurai à l'oeil !

Conclusions

On va sans doute me reprocher d'avoir pris le risque d'être à l'origine d'un refus des numérisations.

Il y a effectivement un risque, à savoir que si les décideurs viennent à être convaincus qu'ils pourraient avoir des comptes à rendre un jour ou l'autre dans le cas où ils laisseraient faire n'importe quoi, ils risquent d'opposer un refus catégorique à toute demande de numérisation.

Or ce risque peut être conjuré en agissant à titre préventif. M. Sémenous et moi-même allons nous concerter quant aux fondements juridiques de la préservation envisagée de sorte que les décideurs, s'ils veulent bien se conformer au résultats des délibérations des techniciens conseil n'auront strictement rien à craindre pour l'avenir.

J'ajoute que c'est à chacun d'entre vous de militer et d'agir dans ce sens. L'action entreprise risque de freiner momentanément les choses mais au final vous y gagnerez. En fait si l'on parvient à exercer le contrôle que j'ai imaginé, on évitera bien des conneries comme celle qui a consisté à livrer le Callido de Venise avec une octave courte développée sur le côté diatonique d'une octave complète mais avec 5 feintes muettes. Cette absurdité découlant d'un purisme parfaitement imbécile nous la devons au Professeur Maier. Je salue la qualité de ses échantillons mais cette dernière ne saurait excuser l'exploitation de nos instruments selon des méthodes parfaitement immorales.

Bien sûr ce que j'annonce là va faire enrager MM. Dyde et Cie. Ils vont dire que le « con de français » que je suis les emmerde... Mais qu'importe, ils devront compter un jour ou l'autre avec cette fameuse « exception française » et je crains pour eux que ce ne soit à prendre ou à laisser.

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